Les apprenants adultes en Ontario et au Canada : les uns s’investissent, les autres abdiquent

Chez les adultes employés, les activités d’apprentissage ne cessent pas (et ne devraient pas cesser) à l’obtention de leur diplôme

Les avantages de l’apprentissage permanent sur les plans individuel et social sont bien documentés, et de nombreux programmes gouvernementaux sont en place pour favoriser la participation des adultes à l’apprentissage continu. Toutefois, d’après une nouvelle étude réalisée par le Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur (COQES) et Emploi et Développement social Canada (EDSC), sur cinq employés au Canada et en Ontario, seulement trois ont déclaré s’investir dans des études ou une formation en lien avec l’emploi, à un moment ou un autre entre 2002 et 2008.

Dans leur rapport, intitulé Les apprenants adultes en Ontario et au Canada : les uns s’investissent, les autres abdiquent , les auteurs remarquent que l’engagement envers l’apprentissage officiel ne prend pas fin à l’obtention du diplôme, et que les établissements d’enseignement doivent faire en sorte que leurs diplômés soient outillés pour continuer d’apprendre.

Description du projet

L’étude s’appuie sur l’Enquête sur l’accès et le soutien à l’éducation et la formation (EASEF) réalisée en 2008 par Statistique Canada en vue d’analyser la participation des adultes au Canada et en Ontario à l’apprentissage relatif à l’emploi, de 2002 à 2008. L’EASEF a permis de sonder plus de 22 000 Canadiens ayant moins de 65 ans, de juin à octobre 2008; parmi les particuliers exclus de cette enquête, il y a ceux qui habitent l’un des trois territoires du Nord et les Autochtones qui vivent dans des réserves.

Les données de 13 533 adultes du Canada, dont 3 916 de l’Ontario, ont été analysées. Ces adultes avaient entre 24 et 64 ans et occupaient un emploi au cours de la période à l’étude. On dit des particuliers ayant pris part à des études ou une formation en lien avec leur emploi au cours de cette période qu’ils « se sont investis », et de ceux qui n’y ont pas pris part qu’ils « ont abdiqué ».

Constatations

Ce sont les jeunes travailleurs, les travailleurs provenant de ménages à revenu élevé, les titulaires de postes syndiqués et les employés au sein de grandes entités qui se sont investis le plus dans l’apprentissage en lien avec l’emploi. Les titulaires d’un grade de premier cycle ou supérieur étaient également plus susceptibles de s’investir dans des études ou une formation en lien avec l’emploi.

Les minorités visibles, les Autochtones, les personnes handicapées et les immigrants accusaient les taux d’abdication les plus marqués, et les tendances à ce chapitre se sont avérées tant en Ontario que dans l’ensemble du Canada. De plus, les travailleurs du secteur privé avaient des taux d’abdication supérieurs à ceux du secteur public.

Les résidents en milieu rural étaient moins susceptibles de s’investir dans l’apprentissage en lien avec l’emploi, quoique cet état de choses se soit avéré seulement à l’échelle canadienne. En Ontario, quels que soient les paramètres de lieu, les taux de participation étaient comparables.

Les Ontariens déclarés unilingues français ou bilingues s’investissaient davantage que leurs homologues unilingues anglais, à l’inverse de la tendance à l’échelle nationale. Il y avait davantage de répondants célibataires que mariés ou conjoints de fait qui prenaient part à des études ou une formation avec l’emploi, tant en Ontario que partout au Canada.

Les travailleurs à temps partiel s’investissaient moins dans des études ou une formation en lien avec l’emploi que leurs homologues à plein temps, que ce soit à l’échelle nationale ou en Ontario, et la participation des travailleurs aux activités d’apprentissage était inversement proportionnelle à leur ancienneté professionnelle. Les travailleurs qui s’investissaient le moins faisaient partie de certaines catégories professionnelles, dont la transformation, la fabrication et les services d’utilité publique; à l’opposé, ceux du secteur de la santé, à l’échelle nationale, ainsi que des sciences sociales, de l’enseignement, de l’administration publique, de la religion, des arts, de la culture, des sports et des loisirs, à l’échelle de l’Ontario, affichaient les taux de participation les plus élevés.

Recommandations et recherche à l’avenir

Les auteurs constatent qu’en raison de l’importance des études ou d’une formation en lien avec l’emploi chez les adultes, les établissements d’enseignement doivent veiller à ce que les diplômés aient « appris à apprendre » et à ce qu’ils soient outillés pour continuer d’apprendre. Ils mettent également en relief le fait que les employeurs jouent un rôle important en vue d’appuyer, et parfois de fournir, des possibilités d’enseignement et de formation aux employés. D’autres recherches pourront se pencher sur les moyens de motiver les particuliers, dont le niveau de scolarisation est le plus bas, à accéder à l’apprentissage en lien avec l’emploi tout au long de leur carrière. « D’après les données recueillies, nous avançons que l’engagement de chaque Canadien envers les activités d’apprentissage ne peut prendre fin à l’obtention du diplôme, et que tel n’est effectivement pas le cas. »

Les auteurs de l’étude Les apprenants adultes en Ontario et au Canada : les uns s’investissent, les autres abdiquent sont Tomasz Gluszynski et Gugsa Werkneh d’EDSC, de même que Huizi Zhao, anciennement au COQES, désormais au Collège Centennial.