Groupes sous-représentés à des études postsecondaires : Éléments probants extraits de l’Enquête auprès des jeunes en transition

Sommaire de la recherche

Le niveau de scolarité des parents : un facteur déterminant clé sur la participation à des études supérieures.

Dans tout le Canada, le fait que personne dans une famille n’ait fait d’études collégiales ou universitaires constitue un obstacle considérablement plus grand pour ce qui est de la participation à des études supérieures que le revenu familial. En fait, selon deux nouvelles études, une seule année de scolarité chez des parents a un effet plus positif sur la probabilité que leur fils ou leur fille fasse des études postsecondaires que 50 000 $ de plus au revenu familial.

Selon les études, commandées par le Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur (COQES), le fait d’appartenir à une famille à faible revenu constitue pour les étudiantes et étudiants de l’Ontario un obstacle encore moindre pour ce qui est de la participation à des études collégiales ou universitaires que dans le reste du Canada.

Description de projet

La première étude, Accès à l’éducation postsecondaire : Comparaison entre l’Ontario et d’autres régions, s’est appuyée sur les données de l’Enquête auprès des jeunes en transition (EJET-A) pour comparer la participation à des études postsecondaires en Ontario et dans d’autres régions du Canada et suivre le cheminement éducatif d’un échantillon de Canadiens nés en 1984, soit de 1999 (ils avaient 15 ans et fréquentaient l’école secondaire) jusqu’en 2006 (alors qu’ils avaient 22 ans). Par rapport à des études précédentes, le rapport passe en revue non seulement les facteurs essentiels que sont le revenu familial et le niveau de scolarité des parents, mais aussi le rôle que jouent les notes à l’école secondaire et les résultats aux épreuves du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Si les notes et les résultats des épreuves sont intimement liés à la participation à des études postsecondaires dans tout le Canada (universitaires en particulier), les auteurs se sont rendu compte que le revenu familial occupe une moindre importance en Ontario que dans les autres compétences et que les notes et les résultats aux épreuves du PISA y sont les plus élevés, ce qui indique peut-être que l’accès à des études postsecondaires en Ontario se fonde sur un système particulièrement «méritocratique».

L’étude, Groupes sous-représentés à des études postsecondaires : Éléments probants extraits de l’Enquête auprès des jeunes en transition, qui se sert aussi des données de EJET-A, s’appuie sur des recherches antérieures pour analyser l’accès à l’enseignement postsecondaire dans un certain nombre de groupes sous-représentés en Ontario et dans d’autres régions du Canada. Cette étude diffère des travaux précédents en ce qu’elle se penche sur un éventail complet de groupes (familles à faible revenu, manque d’éducation des parents, types de famille, état de personne handicapée, etc.). L’étude indique par conséquent plus précisément les facteurs qui jouent le plus grand rôle dans l’accès à l’enseignement postsecondaire parmi les groupes sous-représentés et ceux qui semblent simplement compter en raison de leur corrélation avec les premiers.

Conclusions

L’étude sur l’accès à l’éducation postsecondaire révèle que, si le niveau de scolarité des parents est un facteur très déterminant dans tout le Canada, le revenu familial est davantage lié à la participation à des études postsecondaires au Canada atlantique et au Québec qu’ailleurs. En outre, à l’échelle nationale, les effets du revenu familial sont plus sensibles chez les femmes que chez les hommes.

L’étude sur les groupes sous-représentés a aussi permis de déterminer que les jeunes Autochtones et les jeunes handicapés sont fortement sous-représentés dans les établissements d’enseignement postsecondaire de l’Ontario (en particulier dans les universités). D’après ces résultats, disent les auteurs de l’étude, l’Ontario ne soutient pas la comparaison avec les autres régions du Canada. Autres résultats : dans presque toutes les régions du Canada, les enfants d’immigrants sont beaucoup plus susceptibles de faire des études collégiales ou universitaires (en particulier universitaires). Le fait de venir d’une famille monoparentale ou d’être francophone hors Québec exerce un petit effet indépendant sur la participation à des études postsecondaires. De plus, si, en général, le taux de fréquentation des femmes dans les établissements postsecondaires est nettement plus élevé que celui des hommes, les femmes qui appartiennent à des groupes sous-représentés sont plus défavorisées que les hommes en Ontario et dans tout le Canada.

Incidences politiques

Les résultats de cette étude et des précédentes « remettent fondamentalement en question ce que nous pensons à propos des ‘obstacles’ à la participation à des études postsecondaires », écrit le co-auteur de l’étude Ross Finnie. « Ce n’est peut-être pas tant que les jeunes issus de familles à faible revenu ne sont pas en mesure de faire des études supérieures, mais ils viennent aussi souvent de familles dont les parents n’ont pas de diplôme d’études postsecondaires. Ce qui compte le plus en réalité, ce n’est pas le revenu familial, mais la transmission de valeurs favorisant la poursuite d’études postsecondaires, la préparation à l’EPS et d’autres facteurs associés au niveau de scolarité des parents. » Selon M. Finnie, on s’entend de plus en plus pour dire que la petite enfance et d’autres causes culturelles sont peut-être les facteurs déterminants les plus importants.

«La portée potentielle des conséquences politiques est considérable », dit-il. « Au lieu de consacrer d’autres ressources pour alléger les contraintes financières, comme les frais de scolarité, les prêts et les subventions, nous devrions peut-être davantage nous attacher à améliorer la motivation et le rendement des élèves au niveau secondaire (ou avant), à mieux renseigner les élèves et leur famille sur le coût et les avantages des études dès le plus jeune âge et à recourir à d’autres interventions ciblant ces agents familiaux, profondément enracinés dès l’enfance, qui paraissent les facteurs les plus déterminants de l’accès à des études supérieures.»

Selon les auteurs, il n’y a pas de solution unique. Ils suggèrent qu’il faut effectuer d’autres recherches en utilisant des données de EJET et d’autres sources de données. Toujours d’après eux, d’autres méthodes de recherche, comme des méthodes qualitatives, s’imposent. «Les problèmes particuliers auxquels se heurtent les groupes sous-représentés pour participer à des études postsecondaires sont importants. La première étape pour les régler efficacement est donc d’en savoir plus long à leur sujet.»

Les auteurs de ces études sont Ross Finnie, École supérieure d’affaires publiques et internationales et Initiative de recherche sur les politiques de l’éducation, Université d’Ottawa, Stephen Childs et Andrew Wismer, Initiative de recherche sur les politiques de l’éducation, Université d’Ottawa.

De la source : Écoutez le co-auteur de l’étude Ross Finnie, professeur agrégé à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa, et Richard Wiggers, directeur de la recherche au COQES (vidéoclip en anglais)​